Le OM rachat finalisé en septembre 2023 a remis l’Olympique de Marseille sous les projecteurs, non seulement sur le plan sportif, mais aussi sur un terrain que peu attendaient : l’écologie. Le nouveau propriétaire a pris des engagements précis, chiffrés, qui tranchent avec les habituelles déclarations d’intention. Réduire l’empreinte carbone d’un club de football professionnel n’est pas une mince affaire. Les stades consomment des quantités massives d’énergie, les déplacements des équipes génèrent des émissions importantes, et la gestion des déchets reste un angle mort de nombreuses structures sportives. L’Olympique de Marseille semble vouloir changer ce schéma en profondeur. Ce virage écologique s’inscrit dans un contexte national plus large, porté par des acteurs comme l’ADEME et le Ministère de la Transition Écologique, qui accompagnent de plus en plus les grandes organisations dans leur transformation énergétique.
Ce que le rachat de l’OM implique concrètement pour l’environnement
Les engagements pris lors du rachat de l’OM vont au-delà du simple affichage. L’objectif annoncé de 70 % de réduction des émissions de CO2 d’ici quelques années place le club dans une catégorie à part parmi les structures sportives françaises. Cet objectif n’a pas été fixé au hasard : il correspond aux recommandations de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME), qui préconise des trajectoires ambitieuses pour les grandes organisations consommatrices d’énergie.
L’empreinte carbone d’un club comme l’OM englobe plusieurs postes de dépenses énergétiques. Le Stade Vélodrome, avec sa capacité de 67 000 places, représente à lui seul un gouffre énergétique lors des soirs de match. Éclairage, chauffage, restauration, systèmes de sécurité : la facture est colossale. S’y ajoutent les déplacements en avion pour les matchs européens, les entraînements quotidiens sur des pelouses maintenues en état optimal toute l’année, et la logistique administrative d’un club employant plusieurs centaines de personnes.
Le nouveau propriétaire a prévu d’investir environ 100 millions d’euros dans des infrastructures écologiques. Ce chiffre, à confirmer dans le détail des contrats, donne une idée de l’ampleur du projet. Il ne s’agit pas de repeindre quelques murs en vert, mais de refondre une partie des équipements du club. La Ligue de Football Professionnelle (LFP) suit de près ces initiatives, dans un contexte où le football français cherche à améliorer son image environnementale.
Cette transformation implique aussi un changement de culture interne. Les joueurs, le staff technique, les équipes administratives : tous sont concernés par les nouvelles pratiques. Des formations sur les écogestes professionnels ont été évoquées, ainsi qu’une révision des politiques de déplacement pour privilégier le train sur les trajets courts. Ce type de mesure, souvent négligé, représente pourtant un levier significatif pour réduire les émissions d’un club qui se déplace chaque week-end sur l’ensemble du territoire français.
Les nouvelles initiatives énergétiques prévues au Vélodrome
Le Stade Vélodrome va connaître des transformations majeures dans sa gestion énergétique. L’installation de panneaux photovoltaïques sur les toitures du stade figure parmi les projets les plus avancés. La surface disponible est considérable, et le potentiel de production solaire à Marseille, ville parmi les plus ensoleillées de France avec plus de 2 800 heures de soleil par an, rend ce choix particulièrement pertinent.
Les projets d’infrastructures écologiques annoncés couvrent plusieurs domaines distincts :
- Installation de panneaux solaires photovoltaïques sur les toitures du stade et des centres d’entraînement
- Remplacement progressif de l’éclairage LED haute performance sur l’ensemble des installations
- Mise en place d’un système de récupération des eaux de pluie pour l’arrosage des pelouses
- Déploiement de bornes de recharge électrique pour les véhicules du personnel et des visiteurs
- Rénovation thermique des bâtiments administratifs pour réduire les besoins en chauffage et climatisation
L’objectif d’intégrer de l’ordre de 30 % d’énergie renouvelable d’ici 2025 dans le mix énergétique du club reste à confirmer précisément, mais la direction semble y travailler activement. L’énergie renouvelable désigne toute source qui se renouvelle naturellement, comme le solaire, l’éolien ou l’hydraulique. Pour un stade urbain comme le Vélodrome, le solaire reste la solution la plus accessible et la plus rapide à déployer.
La gestion des déchets lors des matchs fait aussi partie du plan. Des filières de tri sélectif renforcées, des partenariats avec des entreprises de recyclage locales, et la réduction du plastique à usage unique dans les espaces de restauration du stade sont prévus. Ces mesures, si elles sont appliquées rigoureusement, peuvent réduire significativement le volume de déchets produits lors d’un événement accueillant des dizaines de milliers de spectateurs.
Ce que font les autres grands clubs européens
L’OM n’invente pas la roue. Plusieurs clubs européens ont pris de l’avance sur ces questions, et leurs expériences offrent des points de comparaison utiles. Forest Green Rovers, club anglais de troisième division, est souvent cité comme exemple : il fonctionne à 100 % aux énergies renouvelables, sert une alimentation végétarienne dans ses enceintes et possède une pelouse entretenue sans pesticides. Un modèle radical, difficilement transposable à un club du calibre de l’OM, mais qui prouve que la rupture est possible.
Du côté des grands clubs, Tottenham Hotspur a intégré des systèmes de récupération d’énergie dans son nouveau stade, ouvert en 2019. Bayern Munich s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2035, avec des investissements dans des sources d’énergie renouvelable et une politique stricte de gestion des déchets. Ces clubs disposent de moyens financiers sans commune mesure avec ceux de l’OM, mais la direction marseillaise s’en inspire pour construire sa propre feuille de route.
En France, le Paris Saint-Germain a lancé quelques initiatives écologiques, notamment autour du Parc des Princes, mais sans afficher d’objectifs aussi précis que ceux annoncés par le nouveau propriétaire de l’OM. Cette différence de positionnement pourrait devenir un argument de communication fort pour Marseille, dans une ville où l’attachement à l’identité locale et au territoire méditerranéen est profondément ancré dans la culture populaire.
La Ligue de Football Professionnelle a d’ailleurs lancé en 2022 une charte sur la responsabilité environnementale des clubs professionnels français. L’OM, en s’engageant dans cette direction, se conforme à une tendance de fond qui va s’intensifier sous l’effet des réglementations européennes sur le reporting environnemental des grandes entreprises.
Les obstacles réels sur le chemin de la transition
Atteindre 70 % de réduction des émissions de CO2 n’est pas une promesse que l’on tient facilement. Les contraintes sont nombreuses et certaines sont structurelles. Le Vélodrome appartient à la Ville de Marseille, pas au club : toute modification de l’enceinte nécessite une coordination avec les services municipaux, ce qui ralentit inévitablement les décisions. Les travaux d’envergure dans un stade en activité imposent des calendriers complexes, entre matchs, concerts et autres événements.
Le financement reste une question ouverte. Les 100 millions d’euros annoncés représentent une somme considérable, mais les projets de rénovation énergétique ont tendance à dépasser leurs budgets initiaux. Des dispositifs comme les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) peuvent aider à financer une partie des travaux, en obligeant les fournisseurs d’énergie à contribuer aux efforts d’efficacité énergétique de leurs clients professionnels. Le Ministère de la Transition Écologique propose également des accompagnements pour les grandes structures souhaitant engager ce type de démarche.
La question du greenwashing plane sur toutes ces annonces. Des objectifs ambitieux annoncés lors d’un rachat servent aussi à valoriser l’image du nouveau propriétaire. La crédibilité des engagements se mesurera à la mise en place d’indicateurs précis, vérifiables et publiés régulièrement. L’ADEME recommande aux organisations de faire auditer leurs bilans carbone par des organismes indépendants pour garantir la fiabilité des données.
La mobilisation des supporters constitue un autre défi sous-estimé. Un club de football, c’est aussi des centaines de milliers de personnes qui se déplacent pour assister aux matchs. Encourager l’usage des transports en commun, proposer des incitations pour les supporters venant en vélo ou en covoiturage : ces mesures demandent un travail de sensibilisation de longue haleine. Le comportement des fans représente une part non négligeable de l’empreinte carbone globale d’un club, souvent supérieure à celle des opérations internes.
L’OM a devant lui un chantier ambitieux, aux contours encore flous sur certains points, mais dont la direction générale est tracée. Les prochaines années diront si ces engagements résistent à l’épreuve du terrain, des budgets serrés et des priorités sportives qui, dans un club de football, finissent toujours par peser dans la balance.
